PER : à partir de quelle tranche d'imposition il devient vraiment intéressant
Le PER est vendu partout comme LE produit pour payer moins d'impôts. C'est vrai, mais seulement à partir d'un certain niveau d'imposition, et à condition de comprendre ce qui se passe à la sortie. Le seuil, le plafond, le cas chiffré : on déroule.
Le PER individuel, à ne pas confondre avec celui de ton entreprise
Quand on parle du PER, on parle en général du PER individuel, celui que tu ouvres toi-même pour capitaliser sur ta retraite, en échange d'un avantage fiscal.
À côté, il existe des PER collectifs, mis en place par l'entreprise pour ses salariés. Ce sont de faux amis : mêmes initiales, règles différentes. Beaucoup de gens confondent les deux.
Le seuil : 30 % de tranche marginale d'imposition
C'est le chiffre à retenir. En dessous d'une tranche marginale d'imposition de 30 %, le PER n'a pas grand intérêt. À 11 %, l'avantage fiscal est faible, et en contrepartie tu bloques ton argent pendant des années. Le jeu n'en vaut pas la chandelle.
À partir de 30 % inclus, la mécanique devient réellement intéressante. C'est à ce moment-là que l'économie d'impôt justifie le blocage.
« Il y a des gens qui ont un PER alors qu'ils ne devraient pas en avoir. »
Le cas chiffré : Paul, 70 000 euros de revenus
Paul est cadre salarié, il gagne 70 000 euros de revenu net imposable par an, sa tranche marginale est à 30 %. Il verse 10 000 euros sur son PER.
Cette somme est déduite de son revenu imposable : au lieu d'être imposé sur 70 000 euros, il l'est sur 60 000. Il économise donc 3 000 euros d'impôt. Autrement dit, il a placé 10 000 euros pour un effort réel de 7 000 euros.
Sauf qu'il y a une subtilité, et elle compte.
Le plafond : 10 % de tes revenus, plus les 4 années oubliées
Tu peux verser ce que tu veux sur un PER. Mais l'avantage fiscal, lui, est plafonné à 10 % de tes revenus nets imposables de l'année. Dans le cas de Paul, ça fait 7 000 euros. Verser 10 000 euros ne lui donne un avantage que sur 7 000. Au-delà, autant loger l'épargne ailleurs.
Et voilà la partie que beaucoup ignorent : les plafonds non utilisés des quatre dernières années se cumulent. Si tu n'as jamais rien versé, tu peux avoir plusieurs dizaines de milliers d'euros de plafond disponibles d'un coup.
Ce montant est écrit noir sur blanc sur ton avis d'impôt, en dernière page, sous l'intitulé plafond épargne retraite non utilisé. Va le regarder avant toute autre chose. Chaque année qui passe fait tomber l'année la plus ancienne.
Le point qu'on te dit vite : la sortie est imposée
C'est le faux ami du produit. L'argent que tu récupères à la retraite n'a jamais été imposé, puisqu'il a été déduit à l'entrée. Il y a donc une réintégration dans ton revenu imposable au moment où tu le sors, à ta tranche marginale du moment.
Si tu te verses 100 000 euros d'un coup, tu fais mécaniquement grimper ta tranche. La sortie s'anticipe autant que l'entrée : on peut sortir en rente ou en capital, et lisser les retraits pour rester dans une tranche basse.
Là où ça devient réellement intéressant, c'est si ta tranche baisse à la retraite. Passer de 30 % à 11 %, ce sont 19 points gagnés au passage.
Même en opération blanche, tu gagnes
Imaginons le pire scénario : tu récupères tes 10 000 euros à la retraite et tu repayes exactement les 3 000 euros d'impôt économisés à l'entrée. Opération blanche, aucun gain fiscal.
Sauf que ces 3 000 euros, au lieu d'être versés à l'État il y a trente ans, ont été placés et ont travaillé pendant trente ans. C'est ça, la vraie philosophie du produit : l'État te laisse investir l'impôt que tu aurais payé, et tu gardes les intérêts.
La contrepartie : l'argent est bloqué
Un PER n'est pas une assurance vie. Les retraits sont conditionnés, et c'est le prix de l'avantage fiscal.
- L'achat de la résidence principale.
- Les accidents de la vie : invalidité, décès du conjoint, surendettement.
- La fin de droits au chômage.
- En dehors de ces cas, l'argent attend la retraite.
Gestion libre ou gestion pilotée : où partent les frais
Le PER est une enveloppe, comme l'assurance vie. Dedans, on loge des supports : fonds euros, ETF, actions, unités de compte structurées, parfois des SCPI. Ce qui change entre les deux enveloppes, ce sont les règles du jeu, pas les supports.
En gestion libre, tu choisis toi-même tes supports. En gestion pilotée, tu délègues à des gérants selon un profil de risque. C'est confortable, mais ça se paie : les frais de gestion viennent en déduction de la performance annoncée, et c'est là que se logent une bonne partie des frais qu'on ne voit pas.
Si tu es indépendante, tu as un bonus
Une travailleuse non salariée peut verser directement depuis sa société sur son PER, sans passer par la case rémunération personnelle. Ça fait surtout gagner une étape, les charges restent dues sur la rémunération.
En revanche, le plafond de déduction des TNS est plus élevé que celui d'une salariée classique. La logique de l'État est simple : un indépendant cotise moins pour sa retraite, on lui laisse la possibilité de capitaliser davantage.
Les questions qu'on se pose le plus
À partir de quelle tranche d'imposition le PER devient-il intéressant ?
À partir de 30 % de tranche marginale d'imposition, ce seuil inclus. En dessous, l'économie d'impôt ne justifie pas de bloquer son épargne jusqu'à la retraite, et d'autres solutions sont plus adaptées.
Combien puis-je verser sur un PER en déduisant de mes impôts ?
L'avantage fiscal porte sur 10 % de tes revenus nets imposables de l'année. Tu peux verser plus, mais la déduction s'arrête à ce plafond.
Où voir mon plafond PER disponible ?
Sur ton avis d'impôt, en dernière page, sous la mention du plafond épargne retraite non utilisé. Les plafonds non consommés des quatre dernières années se cumulent à celui de l'année en cours.
L'argent sorti du PER est-il imposé ?
Oui. Il n'a jamais été imposé à l'entrée, il est donc réintégré dans le revenu imposable à la sortie, à la tranche marginale du moment. D'où l'intérêt de lisser les retraits plutôt que de tout sortir d'un coup.
Peut-on récupérer son PER avant la retraite ?
Uniquement dans des cas précis : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin de droits au chômage. En dehors de ces situations, l'épargne reste bloquée.
L'épisode dont est tiré cet article
PER : arnaque ou vraie opportunité ?
Alexandre Coutinho · 23 min
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