Épisode 30 · Investissement alternatif

Investir dans l'armement et la défense : comment faire quand on est particulier ?

🎙️ François Mattens · Cofondateur de Défense Angels ⏱️ 40 min 📅 29 septembre 2026

Quand on dit « investir dans l'armement », tout le monde pense à une action Thales ou Dassault. François Mattens, cofondateur de Défense Angels, remet les choses à plat : le létal pèse moins de 5 % de ce que son réseau finance, on peut entrer avec 10 000 euros, et le secteur a ses propres règles, du contrôle à l'export à la durée des contrats.

François Mattens, Comment investir dans l'armement ?

Quand on dit « investir dans l'armement », tout le monde pense à une action Thales ou Dassault. François Mattens, cofondateur de Défense Angels, remet les choses à plat : le létal pèse moins de 5 % de ce que son réseau finance, on peut entrer avec 10 000 euros, et le secteur a ses propres règles, du contrôle à l'export à la durée des contrats.

Au programme de cet épisode

  • Pourquoi « armement » ne veut rien dire : software, hardware et létal
  • Défense Angels : qui sont les business angels de la défense
  • Investir 10 000 euros en direct dans une start-up de défense
  • Le circuit d'un dossier : pitch, instruction, plénière
  • Co-investissement et effet de levier de 1 à 7
  • Horizon de sortie et risque de perte
  • L'IA sur le champ de bataille et l'humain dans la boucle
  • ETF défense américains et européens
  • 50 000 euros : diversifier ou concentrer
  • Autorisation d'exportation et régulation du secteur

Les moments clés de l'épisode

  1. 2:24François Mattens, du GICAT à Défense Angels
  2. 3:27Pourquoi « armement » ne veut rien dire
  3. 5:08Défense Angels : qui sont les investisseurs
  4. 6:13Des start-up en pré-amorçage, levées de 500 000 à 2 millions
  5. 6:55La société d'investissement de business angels
  6. 7:34J'ai 10 000 euros : par où commencer
  7. 8:29Pitch, instruction, plénière : le circuit d'un dossier
  8. 9:46Un message aux investisseuses
  9. 10:38Cotisation et critères d'entrée dans le club
  10. 13:15Co-investissement et effet d'entraînement de 1 à 7
  11. 14:44Actions en direct ou SPV
  12. 16:46Alta Ares, et l'homme de paille démasqué
  13. 19:15Exits : un horizon de 4 à 5 ans
  14. 22:59L'IA, game changer du champ de bataille
  15. 25:05Guerre de robots et humain dans la boucle
  16. 27:52Les technologies qui vont créer de la valeur
  17. 30:00Les ETF défense, américains et européens
  18. 33:1950 000 euros : diversifier ou concentrer
  19. 35:01Régulation et autorisation d'exportation
  20. 37:43300 dossiers par an, 6 à 7 investissements
« L'armement, ça ne veut rien dire. »François Mattens, Cofondateur de Défense Angels
« C'est plus long d'aller chercher le contrat, sauf que quand tu l'as, tu y es fort et tu y es pour 5, 10, 15, 20 ans. »François Mattens, Cofondateur de Défense Angels
« Toutes les femmes qui veulent investir dans le secteur de défense, vous êtes les bienvenues. »François Mattens, Cofondateur de Défense Angels
« Je pense qu'il y aura toujours des hommes qui seront dans la boucle. »François Mattens, Cofondateur de Défense Angels

Les questions qu'on pose le plus souvent

Les questions que François Mattens entend le plus, et les réponses données dans l'épisode.

Investir dans l'armement, c'est investir dans des armes ?

Pas vraiment. Selon François Mattens, le létal représente moins de 5 % de ce que finance Défense Angels. Le reste, c'est du logiciel (IA, cyber, commandement, renseignement) et du matériel (nanosatellites, drones aériens, terrestres ou sous-marins). C'est pour ça qu'il préfère parler d'investir dans la défense.

Peut-on investir dans une start-up de défense avec 10 000 euros ?

Oui, en devenant business angel dans un réseau comme Défense Angels : cotisation de 500 euros par an, accès aux sessions de pitch, puis chaque membre décide à titre individuel d'investir ou non. François Mattens recommande de se former d'abord, via une formation en ligne de dix semaines proposée par le réseau.

Quand peut-on espérer une sortie sur un investissement dans la défense ?

François Mattens estime l'horizon de sortie à 4 ou 5 ans en moyenne, plus long que dans le logiciel. Défense Angels attend ses premières sorties vers 2027. En contrepartie, un premier contrat signé dans la défense se compte vite en dizaines de millions d'euros et engage sur de longues années.

Quels ETF permettent de s'exposer à la défense ?

François Mattens distingue deux familles : les ETF défense américains, avec Lockheed Martin, Northrop Grumman, RTX ou Palantir, et les ETF défense européens, avec Thales, Safran, Airbus, Rheinmetall, Saab ou Leonardo, qui misent sur le réarmement de l'Europe.

Avec 50 000 euros, vaut-il mieux plusieurs petits tickets ou un seul ?

Avec plusieurs tickets de 10 000 euros, il conseille de diversifier les technologies (drone, cyber, IA) plutôt que de mettre cinq fois sur le même créneau, en gardant en tête que les frais d'entrée sont multipliés. Un ticket unique de 50 000 euros se réserve plutôt à une entreprise déjà sortie de sa première « vallée de la mort ».

Transcription de l'épisode

Transcription intégrale (environ 8005 mots), générée automatiquement puis relue. Elle peut contenir de légères imperfections.

Lire la transcription complète

Quand on parle d'investir dans l'armement, beaucoup pensent immédiatement à acheter une action chez Thales ou Dassault. Mais en réalité, il existe aujourd'hui de nombreuses façons de s'exposer à ce secteur. Des actions cotées, des ETFs spécialisés, des start-ups de défense, des fonds d'invest. Les possibilités sont bien plus nombreuses qu'on l'imagine. Alors quelles sont les différentes options ? Quelles sont les avantages et les risques de chacune ? Est-ce que ce secteur peut être réservé aux gros investisseurs ou est-ce qu'on peut commencer avec des centaines d'euros ? On va recevoir François qui va nous parler de son expérience, de comment investir dans la défense et dans les start-ups puisqu'il dirige un fonds de Business Angel, ça va être extrêmement intéressant. On va découvrir tout ça donc dans un nouvel épisode d'Out of the Box et c'est tout de suite. Avant qu'on commence, je prends 30 secondes. Si tu écoutes ce podcast, tu as sûrement tes raisons. Peut-être que tu veux construire un patrimoine, gagner plus pour ta famille, préparer ta retraite autrement qu'avec un livret A ou peut-être simplement que tu investis déjà et que tu viens juste chercher des idées. Dans tous les cas, tu es au bon endroit. Moi avant, je travaillais dans la gestion de fonds d'investissement en IMO. Je gêrais plus de 250 millions d'euros. Puis un jour, j'ai décidé de dupliquer la méthode des fonds d'invest à moi-même. Aujourd'hui, j'ai plus de 55 locataires et ça m'a également permis de quitter mon job. Puis depuis, j'ai accompagné plus de 1900 personnes avec cette méthode donc je sais que ça marche et pas seulement pour moi. Si toi aussi tu veux avancer, j'ai deux possibilités. La première, c'est mon accompagnement IMO. On travaille sur ton projet en one-to-one, ton premier bien rentable dans les six mois ou le développement du patrimoine que tu as déjà. On va regarder ta situation, ton budget, ta stratégie et je vais te guider à chaque étape. La deuxième possibilité, c'est le cercle des investisseuses, une communauté de femmes qui investissent entre elles. Chaque semaine, tu y trouves des pépites, des bons plans de travaux, l'actu du marché, des lives avec des experts et des vidéos pour progresser au quotidien. Puis surtout, c'est un endroit où tu poses tes questions sans jugement. Tout est dans la description et c'est parti pour l'épisode. Bonjour à tous et bienvenue dans Out of the Box. On retrouve François Matens pour un nouvel épisode de Comment investir dans l'armement. Bonjour François, est-ce que tu peux te présenter? Donc, je m'appelle François Matens. J'ai fait un peu moins de 10 ans dans l'administration française, dans différents ministères régaliens. Ensuite, j'ai fait huit ans au sein du GICAD, qui est le Groupe industriel de la défense et de la sécurité terrestre, où j'ai eu deux principales fonctions. La première, en charge de toute la direction des affaires publiques et ensuite la direction de l'innovation, où j'avais notamment cofondé un accélérateur de start-up dédié au monde de la défense. Et donc depuis maintenant quatre ans, je suis à la fois directeur d'affaires publiques dans une start-up qui fait de l'IA au profit, notamment de la défense et également cofondateur de Défense Angels, qui est le premier réseau d'investisseurs dédié au monde de la défense et de la sécurité. Multifonctions, j'adore. Alors, pour vous dire, j'ai déjà échangé avec François et il a une vie à 300 à l'heure. Je suis absolument fan du parcours. On commence avec l'investissement dans l'armement. Qu'est-ce que ça veut dire déjà? Ça veut rien dire, l'armement. Non, mais on a tous le cliché de l'armement, on a tous, on consomme tous des séries télé, on consomme tous de Hollywood, etc. Donc, l'armement, ça ne veut rien dire. Pourquoi je dis ça? C'est qu'on s'est appelé Défense Angels, donc on assume quand même notre thèse d'investissement, on s'appelle Défense quand même dedans. En revanche, volontairement, dans notre thèse, on s'est mis aucune restriction sur ce que ça voulait dire, c'est-à-dire que le spectre dans lequel les technologies, dans quel point investir, c'est aussi bien du software que du hardware. Qu'est-ce que tu peux nous détailler pour ceux qui nous écoutent? Sur le software, c'est de l'IA, c'est de la cyber, c'est du logiciel de commandement command and control, donc du C2 qui aide à la planification des opérations. Ça peut être des outils de renseignement pour aller capter de l'information, etc. Et après, sur le côté hardware, ça peut être du nano satellite, ça peut être du drone, aussi bien qu'il vole, qu'il roule ou qu'il va sous l'eau. Donc toi, tu passes dans des spectres très larges et ça peut être parfois de l'armement en tant que tel, donc du létal et qui, encore une fois, représente dans notre deal flow moins de 5% de ce qu'on finance. Il existe, mais il est très minoritaire. C'est pour ça que quand tu dis investir dans l'armement, les gens voient que le côté comme si on achetait des armes et en fait non, 90%, 95%, c'est tout ce qu'il y a derrière sur la planification, la préparation, la fabrication et pas en tant que tel l'outil final de la létalité. Oui, en réalité, on devrait dire investir dans la défense. Exactement, c'est beaucoup plus sexy. Alors, toi, tu as ton fonds d'invest, est-ce que tu peux nous donner un peu de matière d'ailleurs dessus ? Combien vous êtes, un peu de chiffre aussi. Donc, nous, on a créé ça il y a un peu plus de 5 ans. On a une centaine d'investisseurs, donc le premier tâche de la fusée, c'est les réseaux de business angels. Donc, la typologie d'un business angel chez nous, c'est quelqu'un qui a les 45 ans, qui soit a déjà travaillé dans le monde de la défense, quelques militaires, mais plutôt des gens qui ont fait leur service militaire, qui ont eu un sujet là dedans à une époque. Et on en a quelques uns, quand même, je dirais un quart, un tiers, des gens qui n'ont aucune appétence initialement pour le sujet, mais de par l'effet Ukraine, ils se sont dit, wow, je veux contribuer à la défense de mon pays et de l'Europe. À côté de ça, évidemment, c'est de l'investissement, donc je veux quand même un peu gagner d'argent. Je n'ai pas envie de faire de la réserve militaire. Je n'ai pas envie de faire l'IHEDN. Je n'ai pas envie de me rouler dans la boue. Est-ce que mon patrimoine et l'argent que j'ai de côté peut contribuer à ça? Donc, voilà un peu la sociologie de tout ça. Et donc, on a fait aujourd'hui un peu plus d'une douzaine d'investissements dans des boîtes, donc très early stage, et sur lesquelles on a aujourd'hui. Early stage, on est vraiment au tout début. On est tout début, donc c'est des boîtes qui soit sortent de laboratoires du CEA, du CNRS, du CNES, etc., ou des ingénieurs qui étaient souvent dans des gros groupes et qui dit, ben voilà, moi, j'ai une belle techno, donc je m'en vais et je me lance dans l'aventure entrepreneurial. Donc, c'est des boîtes qui ont entre six mois et deux ans d'existence et qui cherchent à lever entre 500 000 et 2 millions d'euros. OK, c'est une belle levée, quand même. Ouais, ouais, c'est du pre-amorçage. Et après, on a un autre étage de la fusée. Quand on est un investisseur individuel, c'est ce qu'on a créé une SIBA, donc une société d'investissement de Business Angels, où là, en gros, c'est un super SPV où tu mets plutôt un ticket entre 50 000 et 100 000 euros que tu mets dans un pot commun. Et là, c'est nous qui investissons pour toi dans des boîtes sur des tickets en général entre 250 000 et 500 000 euros. D'accord, puisque dans ton premier étage, on n'est pas dans un fond à proprement parler. Non, c'est individuel. C'est-à-dire que nous, on fait tout le travail du deal flow, de sélection, de due deal, on organisation de pitch. Et après, c'est chaque BA à titre individuel qui dit ça m'intéresse. Exactement, tout à fait. D'accord, OK, on va se mettre dans un exemple où avec peut-être deux, on va faire deux exemples. J'ai 10 000 euros à investir. Tu me conseilles quoi ? D'aller plutôt sur ton premier palier où j'y vais moi avec mes 10 000 euros et je vois des pitches et je me dis là, je mets, là, je mets pas. Il y a quand même une petite analyse qui est faite. Alors moi, je te conseille de te former déjà avant, donc de te renseigner sur pourquoi tu veux y aller. Est-ce que tu y vas pour les bonnes raisons d'investir dans ce secteur-là ? Donc nous, on a un petit organisme de formation au sein de qui te permet de former en online pendant dix semaines sur c'est quoi la défense, comment ça fonctionne, etc. Donc avant ton premier invest, t'as déjà compris quelles étaient les subtilités de ce secteur-là. C'est quelque chose qui est payé ? Ouais, c'est quelques centaines d'euros pour une formation dix semaines, si tu veux. Donc c'est en ligne. Donc c'est volontairement très souple, etc. Et donc, une fois que t'as fait cette formation, qui n'est pas obligatoire, mais qu'on recommande, tu choisis d'y aller. Donc nous, on fait des sessions de pitch. On te présente entre quatre et cinq boîtes par mois avec plein d'autres BA. En général, on entre 10 et 30 à chaque session. C'est en visio ? C'est en visio et en présentiel. Les deux sont possibles. Et derrière, tu rencontres des porteurs de projet. On pose plein de questions. Nous, il y a ce qu'on appelle des instructeurs, donc deux BA qui sont un peu aguerris, qui vont dire, moi, la boîte potentiellement intéresse. Et là, pendant un mois, deux mois, ils vont ouvrir le capot, ils vont faire des due deals, techniques, financiers, etc. Et à la fin, c'est ce qu'on appelle en plénière, ils reviennent devant tous les BA et ils disent, pour nous, il ne faut pas y aller. Parce que, parce que, parce que, parce que. Ou pour nous, il faut y aller. Parce que, parce que, parce que, parce que. Ouais, t'as un peu des gardes fous. Exactement. C'est-à-dire qu'on ne dit pas, ils ont pitché, vas-y, mets 10 000 euros. Non, il y a une vraie logique d'instruction qui en va de la crédibilité de notre réputation. Et puis sur les investissements, encore une fois, l'idée, c'est d'avoir des boîtes qui vont survivre et qui vont gagner de l'argent. Non, et puis en plus, c'est aussi pédagogique. Exactement. Parce que tu vas apprendre. Exactement. Et peut-être que tu as des personnes qui ont des expertises différentes selon aussi les domaines. Tout à fait. Nous, on a des gens qui viennent du monde de l'ingénieur, on a des militaires, on a des gens qui viennent du conseil. Enfin, volontairement. Enfin, c'est une logique d'intelligence collective. Et d'ailleurs, même, je te passe un message, parce que je sais que sur ta chaîne, c'est assez féminisé dans le monde de l'invest. Donc tant mieux. C'est qu'on n'a pas assez de femmes dans le secteur parce que, déjà, dans le monde de l'invest, objectivement, c'est plutôt un monde masculin. Et dans le monde de l'invest, dans la défense, tu doutes bien que c'est encore moins féminisé. Mais on voit, et encore une fois, ça, c'est très personnel, mais c'est mon regard. Je vois, c'est que souvent les femmes qui viennent, celles-là, elles ont une vision un peu nouvelle. Elles posent des questions qui sont un peu décalées. Et souvent, c'est des questions très intelligentes que les autres n'avaient pas vues parce qu'on est habitué à toujours poser les mêmes questions. Et là, quand il y a des nouveaux, et notamment des nouvelles qui arrivent, ça permet d'avoir un angle un peu nouveau. Donc toutes les femmes qui veulent investir dans le secteur de défense, vous êtes les bienvenues. Je prends la perche, déjà. Ça m'intéresse carrément. On en parlera, mais avec plaisir. Donc, alors attends, moi, avec mes 10 000 euros, là. Donc, déjà, pour rentrer dans ce fameux... Alors, c'est un club de Béat. C'est un club de Béat, c'est un club deal. C'est une cotisation de mémoire qui est de 500 euros l'année, où on te donne accès à tout le deal flow, à la formation, enfin, bref, à tout ça. C'est pas excessif quand on voit tout ce qui se passe sur le marché. Exactement. Enfin, encore une fois, on ne voulait pas que le ticket d'entrée pour accéder à ça soit un repoussoir. On préfère que les gens, cet argent-là, ils disent bah tiens, OK, je mets pas beaucoup d'argent, mais je suis capable d'en mettre plus pour investir derrière. Tu fais de la sélection des profils, quand même ? Oui et non. On a des critères. On refonctionne beaucoup la cooptation en disant bah tiens, j'ai investi dans telle boîte, je connais un tel, il est intéressé. Après, on se met, on va dire, des restrictions sur certaines nationalités extra-européennes, parce que comme on est dans un secteur qui est quand même un peu exposé à des notions de confidentialité, de souveraineté, franchement, en cinq ans, on a une fois le cas, on a refusé quelqu'un pour cette raison-là. Dans les faits, on a plein de gens qui viennent de pays extra-européens, qui posent aucun problème et ça nous va. On discute un peu avec eux pour voir si... Ils sont sains d'esprit. Voilà, sains d'esprit, je ne suis pas sûr d'en faire partie moi-même, donc je ne vais pas les juger là-dessus. Mais en tout cas, sur le fait qu'ils viennent pour des bonnes raisons. La bienveillance, en tout cas. C'est un critère de sélection. D'accord, donc je mets mes 500 euros, je rentre dans le club. Là, j'ai mis 10 000 euros, ma poche. Je vais voir les gens me pitcher. Il y a des gens qui pichent devant toi. Là, on va être peut-être plusieurs à se dire ah, celle-là, intéressant, j'aime beaucoup. Tu vas avoir des experts du domaine, qui vont aller soulever le capot et faire des diodiles. Et qui vont te faire un rapport à la fin au bout de deux mois. Ça, on ne le trouve pas dans beaucoup de clubs quand même. Moi, dans ce que j'ai déjà vu, c'est quand même que... Soit tu le présentes et c'est déjà pitché parce qu'ils prennent déjà des fees sur ce que tu te mets en avant. Donc, on va se dire qu'il y a un peu un intérêt quand même derrière. Ou alors, t'es seul au volant et soit tu y vas et tant mieux pour toi si tu gagnes. Soit tu y vas, enfin, bref, chacun fait à sa sauce. Donc, le fait qu'il y ait des analyses, je trouve ça excellent. Là, on a quelqu'un qui vient nous faire un rapport qui se dit ah, plutôt bien cette boîte-là, on y va. Donc, comment ça se passe à ce moment-là ? Après, ils ouvrent. Alors, on voit les conditions. Est-ce que la boîte est ouverte à des chairs en direct ? Est-ce que c'est des BSAR ? Est-ce que ces fonds-là, tu connais ça par cœur ? Donc là, il y a une négociation qui se met en œuvre avec le porteur de projet qui dit ben non, et donc comme d'hab, là, il y a une petite négociation sur la valo. On s'en va tant, nous, on rentre à temps, donc c'est ça, etc. Donc, il y a... Et il y a aussi un autre aspect sur lequel je n'ai pas encore parlé, c'est que nous, on investit quasiment toujours en co-investissement. C'est-à-dire qu'on n'est pas tout seul parce qu'on a des clubs de B.A. partenaires. B.A. grandes écoles, etc. Qui disent OK, ben une boîte de défense, on va plutôt passer par Défense Angel, c'est parce qu'ils ont une expertise. Et on a aussi des fonds d'investissement partenaires, des fonds qui sont en amorçage, qui disent nous, on n'y connaît rien, on monte dans la défense. Mais si Défense Angel s'y va, c'est qu'il y a peut-être un truc à faire parce qu'ils connaissent bien le secteur. C'est pas le garde-fou uniquement de B.A. ? Non, non, aussi des fonds. Exactement, on a aussi des fonds. Et donc nous, ce qui est intéressant pour donner un chiffre, c'est qu'on a un effet d'entraînement de 1 à 7. C'est-à-dire que pour nous, 1 euro que B.A. investit, en général, la boîte lève 7. C'est une très belle carte. Et je te prends un autre exemple de l'autre côté, c'est qu'il y a beaucoup de porteurs de projets qui sont venus nous voir en nous disant, écoutez, votre argent, on n'en a pas besoin parce que vous n'allez pas mettre un ticket incroyable. Mais pour notre réputation dans l'écosystème Défense, on aimerait bien que vous soyez dans ce tour-là parce que ça rassurerait certains de nos autres investisseurs que vous y alliez parce que vous avez une réputation d'être des gens sérieux quand vous investissez dans des boîtes. Donc ça, c'est un peu notre petite victoire si au-delà du côté financier, c'est que les 50 boulots de SAP qu'on a fait pour légitimer et monter en crédibilité, aujourd'hui, on voit le ROI de ce boulot-là. Là où tu prenais des cailloux avant. Exactement, maintenant on est hyper sexy. C'est beau. Et donc, alors attends, tu nous parlais de cher, BSR, etc. Est-ce que tu arriverais à expliquer un peu à ceux qui nous écoutent comment ça fonctionne en quelques lignes ? En fait, est-ce que tu as une priorité derrière sur les actions ? Est-ce que tu es obligé d'attendre un second tour investissement ? Est-ce que tu es obligé d'attendre un rachat ? Tu n'es pas prioritaire en fonction du niveau des chers que tu as. Bref, c'est un peu technique et pas forcément intéressant. Mais en gros, on négocie les conditions dans lesquelles on veut rentrer. Et soit les BA peuvent rentrer en direct, ce qui est souvent intéressant parce que ça permet de... Voilà, au moins tu sais concrètement que t'attends de part dans la boîte. Ou, et soit pour des facilités de nous à notre niveau parce qu'on a beaucoup de BA qui veulent y aller, ou soit parce que c'est une demande du porteur de projet, on crée un petit SPV et là tout le monde y va. Et on élit au sein des BA quel est le BA qui représente le SPV au board quand il y a lieu de siéger au board. Ça se fait souvent ? Non, pas très souvent. J'ai envie de te dire, 90% du temps, les BA y vont en direct. Et de temps en temps, c'est une des conditions qui est imposée par le porteur de projet qu'on peut comprendre parce qu'il dit, moi, je ne veux qu'une tête, je ne veux pas 15 BA. Ça fait 15 personnes qui peuvent aussi te casser les pieds derrière. Mais qui peuvent te casser les pieds, oui. Mais c'est aussi notre philosophie qu'ils peuvent t'aider. Parce que si tu veux, nous, tu as quand même des gens qui investissent, qui sont des experts du domaine. Donc, ne serait-ce que pour du business development ou ne serait-ce que pour du réseau, c'est dans l'intérêt du business angels d'ouvrir son réseau à la boîte dans laquelle il est investi pour aller faire du business. Donc, quand tu n'es pas noyé dans un SPV, que tu as investi en direct, moi, j'ai investi dans une boîte qui fait de l'aéronautique, qui fait des avions du futur, etc. J'ai investi en direct. Je reçois tous les mois le monthly de où ils en sont, etc. Et à chaque fois, elle me fait une liste de courses, la CEO de la boîte, elle dit, est-ce que vous connaissez quelqu'un dans tel fond ? Est-ce que vous pouvez m'aider à quelqu'un chez Airbus, etc. Mine de rien, tu lui réponds au mail, tu dis, je connais un tel, etc. Et ça facilite beaucoup plus le fait que tu t'engages dans ton investissement que si t'es noyé dans un SPV. Est-ce que tu pourrais nous citer quelques sociétés que tu as vues passer dans la boîte ? Autant peut-être des boîtes où les BR ont investi que des boîtes où... Peut-être que tu as des anecdotes à nous parler, d'ailleurs, de boîtes assez improbables. Je n'en sais rien. Pour qu'on se rende compte, comme on l'a dit, ce n'est pas forcément de l'armement, donc on ne finance pas du M16. Je te prends deux exemples. Un très bel réussite en cours et un autre truc un peu drôle. Le premier réussite, c'est qu'on a été les primo-investisseurs, en tout cas des BA de Défense Angèle, ce sont les premiers investisseurs dans une boîte qui s'appelle Altares, qui est une boîte française qui fait de la lutte anti-drone, qui aide aujourd'hui les Ukrainiens et d'autres pays à battre les drones qui tuent des gens dans ces pays-là. Clairement, c'est de la défense des populations, au sens strict du terme. La boîte vient de lever 50 millions d'euros il y a quelques jours. Les BA sont rentrés avec une valo d'une boîte qui valait quelques millions d'euros. En moins de deux ans, la boîte vaut 50 millions. Très bel réussite. Et de l'autre côté, je te prends un exemple qui fait quoi, ce que je t'ai dit juste avant. C'est qu'on a une boîte qui vient nous voir et je vois les porteurs de projet. On est quelques-uns, on ne les sent pas, on ne comprend pas. Donc, on fait un peu notre petite UDI, notre enquête. Et on se rend compte que les gens qui sont derrière cette boîte sont des gens qui sont extra-européens et qui avaient mis un homme de paille pour aller pitié devant nous. Et on se rend compte que les investisseurs qui sont derrière cette boîte étaient des anciens des services de renseignement de ce pays-là. Et donc, du coup, moi je les ai contactés. Je dis, les gars, je vous ai golé. Ils ont dit, en gros, ils me disent avec la forme, bon, on a joué, on a perdu. Et donc, du coup, c'était un exemple de... Alors, toi, ils voulaient chercher, ils voulaient quoi comme information ? Ils voulaient, je pense, créer une... En fait, je te fais la version courte, mais ils avaient créé une entité en France pour pouvoir potentiellement avoir un pied dans la BIT des Françaises, faire des partenariats industriels avec d'autres boîtes françaises. Et derrière, je suis peut-être pute à aller trouver de l'information stratégique pour le transmettre à d'autres personnes qui sont dehors de l'Europe. D'accord. Ah oui, c'est un truc de fouine, carrément. Ouais, mais c'est le jeu, encore une fois. Ils ont peut-être gagné plein de fois et on s'en est pas rendu compte. Carrément, carrément. Et les due deals sont vraiment importants, quoi. Ouais, ouais, dans ce secteur-là, on fait vraiment attention, encore une fois, il faut rester humble, parce que tout le monde peut se faire avoir, mais on met une vigilance particulière sur qui sont les investisseurs derrière ces boîtes-là. Alors, est-ce que tu peux nous parler un peu des deals, de la maturité, des exits ? On sait que quand on investit, c'est pas sous un an, deux ans qu'on va avoir un gros ROI. Est-ce que tu as déjà vu des exits ? Là, tu nous as dit quand même qu'il y avait une belle valo qui est en train de monter. Donc ça, c'est aussi des belles victoires. Est-ce que tu as un peu de matière là-dessus ? On n'a pas énormément, parce que, comme je disais, c'est que c'est un secteur où le ROI, tu vas pas le chercher dans les mêmes temporalités que d'autres secteurs, comme dans le logiciel, le SaaS ou même plein d'autres domaines. Donc, on estime que tu peux commencer à avoir un horizon d'exit à horizon 4, 5 ans, c'est la moyenne de ça. Je te dis, nous, ça fait 3 ans et demi, 4 ans qu'on a fait nos premiers invests, donc on va arriver normalement, on pense à horizon 2027, nos premiers exits. Après, c'est l'avantage de ce secteur-là, comme c'est un secteur qui aujourd'hui bénéficie d'une explosion des budgets de défense. Forcément, c'est dur de signer un contrat dans la défense, sauf que quand vous le signez, vous ne le signez pas en centaines de milliers d'euros. Même une start-up qui arrive à casser le plafond de verre au bout de 3-4 ans, elle signe un contrat en plusieurs dizaines de millions d'euros. Et ça, il n'y a pas beaucoup de secteurs dans lesquels ton premier contrat, tu peux le signer en quelques dizaines de millions d'euros. Un contrat en dizaines de millions d'euros dans la défense, c'est un petit contrat. Oui, bien sûr. La base est beaucoup plus importante, en fait. C'est plus long d'aller chercher le contrat, sauf que quand tu l'as, tu y es fort et tu y es pour 5, 10, 15, 20 ans. Parce qu'encore une fois, c'est un secteur qui est sur des temporalités très longues. Pour le mieux et pour le pire. Ça pourrait être un peu comme le matériel de santé. Exactement. La pharma, le bio, exactement, tout à fait. D'accord. Donc là, on a un peu la temporalité. Moi, j'ai mis 10 000 euros, je les mets dedans, donc potentiellement en direct. On attend comment ça se passe dans un club où il y a des petites notes régulières pour parler. Après, c'est pour la peine, c'est là où nous, on se met un peu en retrait, pour de nous finir ce type, et puis, objectivement, parce qu'on n'a pas trop le temps, c'est qu'après, c'est au B.A. de gérer avec la gouvernance du porteur de projet en temps réel. C'est-à-dire que nous, on est juste mis au courant le jour où il y a une exit. Bien sûr. Parce qu'on est intéressé sur le caride. C'est ce que j'allais te demander. Ce que vous avez défié. Forcément en global, on a défi sur certaines sorties, encore une fois, qui ont été négociées en amont. Mais après, c'est au B.A. investi de continuer sur la gouvernance, de voir, de s'organiser eux-mêmes, soit via le SPV, soit en direct, sur vous en êtes où, etc. Moi, c'est ce que je vis dans quelques boîtes dans lesquelles j'ai investi, avec des boîtes à qui ça se passe très bien, parce que le CIO investit, enfin, en tout cas, associe ces investisseurs en gouvernance. Il y en a d'autres, tu dois leur courir après. T'as mis un ticket, merci, au revoir, tu ne les revois plus. D'ailleurs, il est vrai que dans le private equity, on a quand même, la plupart du temps, 65, 70, 15 % du temps de chance de perdre son investissement. C'est quand même un risque qui est assez important. Donc, ce n'est pas pour tout le monde. Est-ce que tu as vu des pertes par rapport aux boîtes que... Pour l'instant, non, je touche du bois, mais pour l'instant, ce n'est pas encore le cas. Encore une fois, on est pragmatique. On sait que sur les 12, 15 investissements qu'on a faits, il y en a forcément 2, 3, 4 qui risquent de ne pas survivre. C'est un secteur porteur en ce moment aussi. Voilà, exactement. Après, il peut y avoir des questions de gouvernance. Enfin, il y a un million de raisons qui font que dans certaines boîtes, ça peut mal se passer. Pour l'instant, on n'en a pas. Je ne te dis pas qu'il y en a quelques-unes qui ne sont vraiment pas passées loin de la barrière, mais pour l'instant, elles ont toutes réussi à tenir. Et certaines, je te le dis, sont en train de décoller très bien. D'accord. Comment tu vois d'ailleurs l'arrivée de l'intelligence artificielle dans ce monde ? Parce que, comme dans tout secteur, ça peut faire aussi très peur. T'as soit des gens qui sont extrêmement contents, soit les gens qui flippent. C'est un peu ce que je vois aussi dans les épisodes. La vérité, elle est entre les deux, comme d'habitude. Comment tu le ressens de toi ? Dans le secteur de la défense, tu veux dire ? Ah bah, c'est un game changer complet. Enfin, c'est un secteur. Pourquoi c'est un game changer complet, au-delà de la finance ou des RH dont on le voit partout ? C'est que, historiquement, et c'est le sens du monde, les guerres ont toujours été des champs d'expérimentation in situ. Et la guerre en Ukraine, ce qui s'est passé au Moyen-Orient, ne fait en aucun cas exception. Et en plus, tu merges ça avec un état de maturité de certaines technos, type les LLM, type la Computer Vision, type... Donne-nous de la matière, parce qu'il faut que tu traduces. Oui, excuse-moi. Mais en gros, aujourd'hui, un avion de chasse qui fait une mission de reconnaissance, donc de renseignement au-dessus d'un pays, quand il atterrit, il a plusieurs centaines de gigas pour une mission qui a duré une heure. Donc tu doutes bien que quand tu dois repartir en mission l'an de main te basant sur ce que t'as vu la veille, tu peux pas mettre 2 000 analystes qui vont regarder tes images. Donc t'es obligé d'avoir l'IA qui va dire dans ces images-là, t'as vu ça, etc. Ou quand tu prépares un plan de bataille, tu as des millions de documents qui sont chiffrés du texte des images. Là, t'as obligé d'avoir des logiciels basés sur l'IA qui vont te merger tout ça, qui peuvent te dire « Tiens, dans ce document-là, on a trouvé ça, qui veut dire ça ? » C'est un gain de temps de malade. Un gain de temps incroyable pour de la planification, pour la préparation de mission, pour la désignation de cible, c'est plutôt tel bâtiment, etc. Donc ça, oui, aujourd'hui l'IA a impacté, je vais pas te dire tous, mais je pense, 80-90% du champ de bataille à tous les niveaux sur aussi bien de la préparation, de la conduite, ce qu'on appelle la conduite des opérations, jusqu'au retour d'expérience et de la compréhension de ce qui s'est passé. D'accord. Tu vois, il y a un truc dont j'entends beaucoup parler aussi en ce moment, c'est le fait qu'on se dit qu'avant les guerres, c'était des guerres d'hommes, maintenant ça va être des guerres de robots. Est-ce que tu penses que ça va être vraiment celui qui va réussir à... Ça va pas franchement bien, mais qui va réussir à avoir la meilleure techno en termes de robots, parce que ça va être que de la guerre de robots entre robots. Alors, c'est vieux comme le monde, et moi je pense, je dis pas que je le souhaite, mais je pense qu'il y aura toujours des hommes qui seront dans la boucle. Ça s'appelle « human in the loop ». En revanche, clairement, et ça, c'est ce qu'on a vu avec le crène, c'est que le champ de bataille est en train de se robotiser. Pour le meilleur, c'est-à-dire que, mine de rien, tu préfères avoir un robot qui explose qu'un homme qui meurt, enfin, et ça, peu importe dans quel canté. Donc ça, c'est la bonne chose. En revanche, je te prends le côté du spectre, jusqu'où tu donnes la capacité au robot d'avoir son autonomie pour prendre la décision de neutraliser, pour utiliser un terme, si tu veux, un infémisme, pour pas dire « tu es ». Et donc, il y a de l'argent, il y a de la compétence, mais il y a aussi l'acceptabilité. Je te prends un exemple, il y a plein de pays, au hasard la Chine, la Russie, eux, ça fait un moment qu'ils ne se sont plus posés la question. C'est-à-dire que le robot, il estime que lui, c'est un ennemi, il tire. En France, aujourd'hui, on a la technologie, sauf que nous, notre doctrine d'utilisation de ces armements, c'est jamais une arme, jamais, à l'instant T, à la date, ne prendra une décision finale de faire un coup de feu, si c'est pas l'homme qui lui a donné la décision de le faire. Donc, tu vois, tu n'as pas qu'une question de moyens et de technologie, tu as aussi une question de doctrine, pour utiliser un mot militaire, mais de philosophie d'emploi, de la violence, l'humain restera toujours dans la boucle. Donc, tu vois, tu as tout ça qui fait que... Et en plus, je te rajoute à ça ce qu'on appelle la guerre cognitive. Donc, c'est de comment tu gagnes une guerre sans tirer un seul coup de feu. Et ça, ça passe par la cyber, ça passe par la désinformation. Et si tu veux, la guerre la plus optimum que tu pourras avoir, c'est que tu vas détruire un pays parce qu'en sans aucun tirer un seul coup de feu et sans mettre un seul homme sur le territoire adverse, parce que tu as créé tellement de panique et de bordel en faisant des cyberattaques et tu as créé tellement de désinformation que la propre population va se retourner contre son gouvernement. Et ça, c'est... C'est puissant. C'est la meilleure guerre que tu pourrais faire si tu vas attaquer un ennemi, c'est que tu as déstabilisé un pays par lui-même sans tirer aucun coup de feu. Oui. Oui. Mais, alors ça, c'est sur le papier, dans les réalités, et on voit avec ce qui s'est passé en Iran, il n'y a pas eu de regime change, comme avait dit le président américain, parce qu'on se rend compte que l'humain reste l'humain. Ça laisse à réfléchir. Oui. J'ai une question qu'on m'a posée et que j'aimerais te poser à mon tour. Selon toi, quelles technologies vont créer le plus de valeur dans les dix prochaines années ? L'IA, les drones, le spatial, la cybersécurité, la vision par ordinateur ? Si je le savais, je... Et ce que tu as ? Je dis à l'investisseur là-dedans, il faut demander à Polymarket. Non, mais tout ce que tu as cité, c'est même pas du futur, c'est déjà de la réalité. C'est l'IA... Encore une fois, c'est pas du futur, on y est. Les drones, c'est déjà le cas. La cyber, malheureusement, en France, on le constate tous les jours, on n'est pas forcément bien préparé, donc il faut investir là-dedans. La computer vision, c'est une technologie... Je connais bien, avec la boîte dans laquelle je suis aujourd'hui, c'est une technologie qui aujourd'hui... C'est quoi, la computer ? C'est une branche de l'IA qui fait tout ce qui est analyse de flux vidéo, donc qui permet de comprendre tout ce qui se passe en analysant et faire une aide à la décision. Par exemple, la vidéosurveillance ? Exactement. La vidéosurance, c'est un cas d'usage, parmi d'autres, où t'as des centaines de caméras, t'as un humain derrière qui se brûle les yeux toute la journée, et c'est humain, il peut pas tout voir, donc c'est lui dire, écoute, tu vas m'envoyer une alerte qui va attirer mon attention que quand il y a plus de cinq personnes qui sont réunies dans tel endroit et qui font des mouvements brusques. D'accord, ouais. Et là, lui, il regarde pas ses écrans et ça lui envoie un pop-up uniquement quand il y a ces critères qui ont été mis. Là, là, il peut agir en tant qu'humain et apporter une plus-value. Mais t'as plein d'autres cas d'usage sur la gestion des flux, sur détecter des bagages abandonnés, détecter un départ d'incendie, mieux améliorer la gestion du trafic, enfin bref, les noyades. Exactement. J'ai su qu'il y a une piscine à côté de chez moi et eux, ils ont mis un système d'IA pour détecter les noyades. Ça sauve des vies. Il y a plusieurs dizaines de morts par an d'enfants qui meurent en tombant dans des piscines individuelles parce que les parents sont en train de boire le rosé dans le salon et ils n'ont pas vu les mains qui étaient tombées. Alors qu'une technologie, c'est là où la technologie aujourd'hui, elle est mature et elle peut sauver des vies concrètement. Il faut bien l'utiliser. Exactement. J'ai une autre question également qu'on m'a posée qui est sur le sujet des ETF dans la défense. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ? Parce que là, on parle d'investir dans les boîtes en direct. On a aussi la possibilité d'investir dans la défense via de l'ETF. Est-ce qu'il y a un sujet en termes de diversification ? Est-ce qu'il y a plus ou il y a moins de risques ? Lesquels sont les plus connus ? Ouais, en gros, je te prends deux catégories d'ETF. Tu as les ETF US Defense où là, tu as le top 20, 30, 40 des boîtes de défense américaines. Tu retrouves les suspects habituels Lockheed Martin, Northorp, RTX, Palantir, Shield & High. Bref, toutes ces boîtes-là sont ce qu'ils trussent par le haut. Pour te donner un exemple, pour te dire le potentiel, et je ne sais pas si ça va parler aux gens, le budget des États-Unis en matière de défense, c'est 1 000 milliards de dollars. La France, c'est 60 milliards. Tu vois, tu comprennes un peu. Et là, Donald J. Trump, il a demandé le prochain budget à son congrès, c'est 1 500 milliards pour l'année prochaine. Donc, tu vois que quand tu es une boîte de défense, tu commences à discuter sur des sommes qui sont quand même... C'est pas le même sujet. C'est incroyable. Donc ça, c'est la première catégorie d'ETF. On va dire... Je t'avoue que je ne connais pas le numéro ici. Oui, bien sûr. Et après, tu as les ETF European Defense qui aujourd'hui sont aussi en train d'exploser parce que tu as plein de boîtes de défense européennes qui profitent du marché ukrainien, qui profitent de l'augmentation des budgets de défense en Europe. Donc voilà, c'est des Thales, Safran, Airbus, tu as les Allemands de Rheinmetal, tu as les Suédois de Saab, tu as les Italiens de Leonardo qui sont dans ces ETF où aujourd'hui, c'est plutôt... Tu mises sur le réarmement de l'Europe. Oui. Et donc aujourd'hui, c'est les deux plus gros ETF qui sont dans la défense. Oui, et là, tu as bien utilisé le mot réarmement. Exactement. Pas forcément dans la défense. Parce que c'est le terme exact. D'accord. On assume de se dire on se réarme. Parce que, encore une fois, tu vois, les mots ont une importance dans ce secteur-là. On te respecte parce qu'on a peur de toi. Et tu ne peux pas être diplomate si tu n'as pas, à un moment, la capacité à avoir la coercition. Et tu vois, je te reviens, on va parler de De Gaulle, parce que ça fait toujours intelligent de mettre De Gaulle quand on parle du sujet de défense, mais l'héritage de De Gaulle, c'est quand même qu'on a la dissuasion nucléaire. Et pourquoi la France, même si on peut encore en discuter, est quand même un peu audible sur la scène internationale, c'est parce qu'on a ce vecteur nucléaire qui fait que la France, on a un peu peur de nous, quand même. Et donc, un pays qui, aujourd'hui, n'a pas une armée respectée, elle n'a pas une diplomatie respectée, du coup, elle ne compte pas sur la scène internationale. Donc, c'est pour ça qu'on parle de réarmement parce qu'il faut acheter de l'armement pour être respecté, parce que tu fais peur à un moment, c'est-à-dire que le jour où tu t'attaques à moi, tu vas peut-être gagner, mais tu vas tellement souffrir à m'avoir attaqué qu'en fait, ce n'est pas gagnant pour toi. Oui. Merci. C'est un peu oxygène, désolé. Non, mais c'est intéressant, c'est intéressant. Vraiment, merci beaucoup. Donc, on est sur la fin de cet épisode. Moi, j'ai bien compris avec mes 10 000 euros et j'ai le switch qui se fait. Si jamais j'ai 50 000 euros à mettre, est-ce que tu me conseillerais d'aller plutôt mettre 10 000 par 10 000 dans des ticket dans plusieurs petites boîtes ou est-ce que j'irais plutôt dans ta fusée, le secteur du dessus, pour mettre mes 50 000 euros dans un one shot ? C'est très facile à te dire, c'est ce que disent les Américains, c'est spray and pray. Si tu divises, tu mets des petits morceaux, mais déjà, tes frais d'entrée, tu les fais fois 5 par rapport. Tu peux rester dans le secteur, mais moi, j'ai envie de te dire, si tu as 5 fois 10 000 euros, être sûr que tu vas diversifier même au sein de l'éctaire. Donc, tu fais un peu de drone, un peu de cyber, un peu d'IA, enfin, tu ne mets pas dans 5 boîtes de drone, sauf si tu es convaincu, mais ton risque, tu sais mieux que moi que la base de l'investissement, c'est quand même la diversification. Donc là, en revanche, si tu dis, ouais, cette boîte-là, j'y crois vraiment 50 000, parce qu'en général, tu as un niveau de maturité où ces boîtes-là, où tu commences à arriver sur des investissements à 50 000 balles, c'est des boîtes qui ont passé l'étape de la première vallée de la mort. Tu dis, OK, là, elles ont commencé à avoir... On a passé la love money. Exactement, tout à fait. Donc, si tu choisis l'option une, c'est diversifier le plus possible sur le type de technologie dans lequel tu vas. Et après, si vraiment tu y crois à fond, mets ton ticket à 50 000 dans une boîte qui a passé la première étape, avec toujours la notion de risque que tu peux avoir, même si, encore une fois, ce secteur-là, ça reste un secteur qui est beaucoup moins volatile, qui est plus régulé avec les avantages et les inconvénients d'être dans un secteur régulier. Bien sûr. Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots, d'ailleurs, dans cette petite régulation ? Je te prends un exemple sur un secteur régulier, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, l'État, quand tu es une boîte française, l'État est historiquement ton premier client. Donc, tu es très lié à lui pour plein de choses. Il faut remplir des normes, il faut remplir des critères de souveraineté, etc. Et puis, là aussi, ceux qui ne connaissent pas le secteur, c'est normal. Quand tu veux vendre une technologie de défense, tu es soumis à une autorisation d'exportation. La loi française, elle dit, il est interdit de vendre de l'armement, sauf que ce n'est que de la dérogation à exporter ta technologie. Donc, c'est un service de l'État, qui s'appelle le SGDSN, secrétaire général des défenses et la sécurité nationale, qui te donne une dérogation pour vendre ta technologie à tel pays. Et ça, tu dois déposer un dossier devant une commission qui se réunit plusieurs fois par an et qui dit, ok, cette technologie-là, on autorise à la vendre tout ou partie à tel pays parce que c'est un allié de la France, etc. Et donc, du coup, c'est un secteur qui à la fois te contraint, et beaucoup, mais qui, à côté de ça, te sécurise énormément parce que tu sais que les services de l'État, quand tu l'exportes, sont aussi là pour t'aider. Oui, tu as eu ton tampon, quoi. Exactement. Et c'est fait partie maintenant des missions de l'État, j'ai envie de te dire, depuis une quinzaine d'années, où tous les services de l'État, quand je dis tous les services de l'État, c'est le mystère des armées, mais c'est également les ambassades, c'est également plein d'autres administrations, les douanes, etc., théoriquement, sont là pour t'aider à exporter ta technologie. Là où elles ne le font pas nécessairement dans d'autres secteurs, on va dire qu'ils sont un peu moins identifiés comme stratégiques. Je comprends. Et quand ils ont le fameux tampon, il y a une durée à chaque fois dessus ? Alors, il y a des conditions, c'est pas forcément une durée. La durée est une condition comme une autre, mais c'est que tu peux avoir des interdictions de ré-exportation, c'est-à-dire que tu dois t'assurer que tu vends à ce pays-là et ce pays-là va pas le revendre derrière. Tu peux le faire tout ou partie à cette technologie-là, mais que ce morceau-là de technologie parle plutôt ce morceau-là. Donc, ils peuvent te dire oui, c'est open bar, je caricature un peu, ou soit c'est non, interdiction. Enfin, je sais pas, tu veux vendre une boîte de cyber à la Corée du Nord. Tant de dire que ton autorisation, à mon avis, ça va être un peu compliqué. En revanche, tu veux vendre des essuie-glaces pour un véhicule à la Belgique. Pas trop de sujet. Et t'as quand même une zone orange de temps en temps, où parfois l'orange, c'est oui, mais attention, ça peut poser problème, donc on va plutôt te mettre telle restriction. D'accord. C'est un domaine qui est quand même bien particulier. Je comprends que tu fasses de la formation et je trouve ça vraiment très bien aussi, parce que là, rien que ce que tu me dis, c'est des termes qu'on ne peut pas savoir. Exactement. Donc, trop intéressant. J'adore. Merci beaucoup. T'as beaucoup de deals, toi, qui te viennent, vous vous rassemblez, ou vous faites en tout cas des commissions tous les combien ? Ouais, on fait une commission par mois et on reçoit entre trois et cinq porteurs de projet. D'accord. Donc, si tu veux, pour te donner des chiffres, on reçoit entre quelque chose comme 300 dossiers par an, on en sélectionne 50 et on investit dans 6-7. Ah ouais, il y a un écrémage. Ouais, il y a un écrémage, mais qui, encore une fois, on vient d'accrédilité de ce qu'on fait. Super. Où est-ce qu'on peut te retrouver ? Bah, moi ou Défense Angels ? Les deux, les deux. Moi, je fais souvent le zozo sur des émissions, je donne des cours sur l'industrie de défense aussi pour éduquer, on va dire, j'aime pas ce mot-là, mais nos élites à ce que c'est l'industrie de défense, parce que beaucoup de mes étudiants, demain, vont au ministère des Armées, vont devenir conseiller de ministres, vont dans la haute fonction publique, donc c'est bien de leur mettre une graine dans la tête sur ce que c'est la réalité du monde de l'industrie de défense. Et après, Défense Angels, on est présents sur les réseaux sociaux, LinkedIn, et on a un site internet, DéfenseAngels.org, où on vous explique tout le processus. Si vous êtes BA, évidemment, je vous êtes les bienvenus et on vous accueille avec grand plaisir. Et si vous êtes porteur de projet, il y a quelque chose pour UpLine qui permet de déposer un dossier et on vous recontacte pour vous expliquer le processus. Super. Et bien, merci pour tout ça. On mettra tout ça dans la description. Merci François. J'ai appris beaucoup trop de choses. C'était exceptionnel. Et donc, je vais aller voir tout de suite pour le site et pour peut-être rejoindre ton aventure. Avec plaisir. Merci à tous. Et on se retrouve pour une nouvelle émission de Out of the Box. J'espère que cet épisode t'aura permis d'y voir un peu plus clair sur les différentes façons d'investir dans le secteur de la défense et de mieux comprendre les opportunités mais aussi les risques qui y sont associés. Si cet épisode t'a plu, pense à le partager autour de toi et à t'abonner pour ne manquer aucun épisode d'Out of the Box. Tu vas pouvoir retrouver la chaîne sur YouTube, Spotify, Apple Podcasts, Deezer, Amazon Music. Et à très vite pour un nouvel épisode d'Out of the Box.

L'invité de cet épisode

François Mattens

Cofondateur de Défense Angels

François Mattens a passé près de dix ans dans l'administration, dans plusieurs ministères régaliens, puis huit ans au GICAT, le groupement des industriels de la défense et de la sécurité terrestres, où il a dirigé les affaires publiques puis l'innovation et cofondé un accélérateur de start-up de défense. Il a cofondé Défense Angels, premier réseau de business angels dédié à la défense et à la sécurité, et dirige les affaires publiques d'une start-up d'intelligence artificielle.

Envie d'aller plus loin sur ton patrimoine ?

Découvrir Solstice, la gestion de patrimoine
Côté immobilier locatif : La Méthode Emeline Siron et Le Cercle.Ou commence gratuitement avec mes outils pour investir.