Grégory Guilmin : docteur en finance, il a perdu 80 % en bourse avant de passer aux ETF
Un master en finance. Une thèse de doctorat en finance. Un fonds d'investissement créé à 28 ans. Et pourtant, moins 80 % sur une seule action, puis quatre années sur cinq derrière le marché. L'histoire de Grégory Guilmin, c'est celle d'un spécialiste qui a dû accepter qu'on ne bat pas la bourse. C'est cette défaite qui a fait sa méthode, et qui explique pourquoi des dizaines de milliers de personnes le suivent aujourd'hui en Belgique et en France.
Qui est Grégory Guilmin ?
Grégory Guilmin est belge, et il le dit d'entrée au micro : « vous l'entendez à l'accent ». Ingénieur de gestion de formation, docteur en finance, il fait depuis fin 2020 de l'éducation financière à plein temps. Il a créé la plateforme La Bourse : Make it Easy, publié un livre, Bien débuter en Bourse, et il écrit chaque semaine une newsletter, Les Tutos de Greg.
Son créneau : la gestion passive. Investir chaque mois dans quelques ETF, sans chercher la bonne action ni le bon moment. Un discours devenu courant, mais qu'il tient d'une place particulière : il a d'abord passé des années à essayer de faire l'inverse, avec tous les diplômes pour y arriver.
Dans sa famille, pourtant, rien ne l'y destinait. Ses parents étaient contre la bourse. C'est la grand-mère de son épouse, qui voulait investir, qui l'a poussé à s'y intéresser pour de bon. Et quand on lui demande ce qui a été le plus difficile dans son parcours, il ne parle pas des marchés : il parle d'être soutenu par ses proches.
Avant les réseaux sociaux, une « vraie vie » dans la finance
Avant de devenir, selon ses mots, « youtubeur, créateur de contenu, influenceur, peu importe », Grégory a fait ce que ses parents appelaient un « vrai métier ». Une thèse de doctorat en finance, financée par une compagnie d'assurance où il travaille en parallèle.
Puis, entre 2015 et 2021, deux emplois de front. Le premier : analyste financier dans un multi-family office au Luxembourg, pour des familles belges, luxembourgeoises et françaises qui avaient au minimum 30 millions d'euros d'actifs financiers. Le second : le fonds d'investissement qu'il crée à 28 ans, ce qui fait de lui, dit-il, le plus jeune Belge à l'avoir fait.
Sur le papier, c'est le profil de celui qui a toutes les clés pour battre le marché. C'est précisément là que l'histoire se retourne.
2013 : l'appel de la bourse, et les premières victoires
2013. Il est en plein milieu de sa thèse, et une petite voix lui dit : « Greg, tu as fait un master en finance, tu fais ta thèse de doctorat en finance, il faut que tu investisses en bourse maintenant. »
Il se fabrique une stratégie simple : acheter des actions de sociétés dont le cours a chuté de 50 %, « parce que si ça a chuté, ça va d'office remonter ». Il l'applique sur deux ou trois sociétés. Ça marche. Quelques dizaines, quelques centaines d'euros de gain.
« Waouh c'est génial, Greg t'es fort en bourse, tu vas gagner beaucoup d'argent, tu vas devenir riche rapidement. »
La chute : toutes ses économies sur une seule action, et moins 80 %
L'action suivante s'appelle Thrombogenics, aujourd'hui Oxurion. Elle est passée de 45 à 18 euros. Son épouse travaille dans le secteur et lui confirme que la technologie est prometteuse. Il met tout sur la table : 2 000 euros, toutes ses économies du moment.
Une première fois, il gagne. Une deuxième fois, il gagne encore. La troisième fois, en juin 2014, trois jours après son achat, tombe un avertissement sur résultat. Moins 30 % en une journée. Moins 45 % en quatre semaines. Moins 80 % en douze mois.
Le plus parlant n'est pas la perte, c'est ce qui suit. Pendant 14 mois, il n'ouvre plus une seule fois son compte-titres, tellement il est dégoûté. Il finit par vendre à perte, à moins 80 %, au moment même où il reçoit son doctorat en finance. Entre 2013 et 2015, il aura perdu 60 % de ses économies. Il le raconte en détail dans l'épisode ETF ou actions.
« Mes émotions m'ont fait perdre, c'est pas la bourse qui m'a fait perdre 80 % sur cette action-là. »
Deuxième épreuve : l'algorithme et le fonds d'investissement
Un autre aurait arrêté là. Lui change d'arme. Dans sa thèse, il développe un algorithme censé battre la bourse. Sur les tests historiques, le fameux backtesting, les résultats sont bons.
Entre fin 2015 et fin 2019, il le met en pratique avec son fonds d'investissement, qui lève 4,5 millions d'euros. Les performances sont correctes, il ne fait perdre la moitié de leur argent à personne. Mais chaque année, le fonds termine 2 à 3 % derrière le marché. Quatre années sur cinq.
Cette partie de l'histoire, il reconnaît au micro ne pas l'avoir souvent racontée.
La révélation : on ne bat pas la bourse
Fin 2019, il tire la conclusion qu'il repoussait depuis six ans : malgré la thèse, malgré le fonds, il n'arrivera jamais à battre la bourse. « Ça fait très mal à mon ego de me dire ça, mais d'un autre côté, ça a fait du bien à mon portefeuille. »
Il appuie sa conviction sur les chiffres qu'il cite dans l'épisode : sur un an, environ 70 % des gestionnaires professionnels font moins bien que le marché, sur 10 ans 90 %, sur 20 ans 95 %. Principalement à cause des frais, qui représentent en moyenne 2 % par an en Europe d'après l'étude du régulateur européen qu'il mentionne. Sur 20 ou 30 ans, ce sont des dizaines de milliers d'euros.
Pour lui, sélectionner des actions individuelles, le stock picking, n'est pas la bonne méthode pour « 99,99 % des gens ». Il existe environ 50 000 sociétés cotées dans le monde. Choisir les bonnes est extrêmement difficile, ne pas choisir les mauvaises l'est encore plus.
La transformation : le portefeuille de Grégory Guilmin aujourd'hui
En 2020, il commence à basculer vers la gestion passive. Depuis trois ans, il y est à 100 %. Son portefeuille financier tient en une phrase : 90 % dans quelques ETF, 10 % en crypto. Plus de fonds vendus par des banquiers, plus de crowdlending, plus de crowdfunding, plus de private equity « disponible à partir de 100 euros ».
Sa répartition suit à peu près le poids réel des bourses mondiales : environ 51 % aux États-Unis, 20 % en Europe, 21 à 22 % sur les pays émergents. Il détient aussi un ETF sur les petites capitalisations américaines, qui suit le Russell 2000, plus volatil mais avec un potentiel plus élevé. Pas d'or ni d'obligations : il s'estime capable de vivre avec une baisse de 30 ou 40 %, et il a déjà traversé un moins 35 % sur son portefeuille.
Ses chiffres, il les donne sans détour. Environ 240 000 euros investis en dix ans, plus de 360 000 euros de patrimoine financier. En 2024, son portefeuille a pris 45 000 euros pour quelques minutes de travail par mois. Et il ajoute aussitôt que ça ne fait pas de lui quelqu'un de riche, et que ceux qui promettent de s'enrichir vite en bourse sont « soit des menteurs, soit des escrocs ».
- Un ETF sur le S&P 500, le socle américain.
- Un ETF sur l'Europe, MSCI Europe ou Stoxx Europe 600 plutôt que le CAC 40, qui pèse peu à l'échelle mondiale.
- Un ETF sur les pays émergents, 21 à 22 % de la capitalisation mondiale, qu'on oublie trop souvent.
- Le Japon, troisième place boursière du monde, et les petites capitalisations pour ceux qui supportent la volatilité.
La méthode Guilmin : le même montant, tous les mois, sans y toucher
Tout repose sur une routine. Il se verse un salaire en fin de mois, et le premier virement ne part pas sur le compte commun du couple : il part sur son compte d'investissement, où tout est automatisé. Toujours le même montant, que le mois ait été dépensier ou non. Au moment de l'enregistrement, il en était à plus de 100 mois d'affilée sans s'arrêter. Il préfère un gros versement mensuel à des versements hebdomadaires : en moyenne, 60 % des mois sont positifs.
Avant ça, deux préalables. Une épargne de précaution d'environ six mois de dépenses. Et pour un résident fiscal français, l'ouverture d'un PEA le plus tôt possible, parce que c'est la date d'ouverture qui lance le compteur des cinq ans, souvent complété par un compte-titres pour loger ce que le PEA refuse.
Pour choisir ses ETF, il utilise la version gratuite de justETF avec cinq critères : plus de 3 ans d'historique, plus de 500 millions d'euros d'encours, capitalisant, de droit irlandais pour les ETF américains, non couvert. Sur les ETF qui suivent le S&P 500, il n'en reste alors que 3 ou 4. Toute la démarche pas à pas est dans l'épisode pour bien démarrer en bourse.
« Il faut mettre en place des routines, moi je suis très routinier. »
Le retour : transmettre à un million de personnes, enfants compris
Fin 2020, il quitte l'univers des familles fortunées avec un objectif chiffré : aider un million de personnes à mieux comprendre la bourse. Sa plus grande fierté, après sa famille, c'est quand des inconnus l'arrêtent en Belgique ou en France pour le remercier.
Son livre, Bien débuter en Bourse, paru en 2022, s'est vendu à plus de 7 500 exemplaires d'après son site. Sa newsletter Les Tutos de Greg, qu'il écrit lui-même depuis plus de trois ans (« je ne paye personne pour l'écrire à ma place »), compte plus de 13 000 inscrits. Il intervient aussi devant des étudiants, à qui il répète la même chose : ouvrez un compte, commencez petit, formez-vous.
Et il a pensé aux enfants. Il a conçu des cahiers d'activités pour apprendre l'argent aux enfants, dès 5 ans, traduits en plusieurs langues : plus de 9 000 exemplaires distribués selon son site. Chez lui, la théorie est appliquée : 200 euros par mois pour chacun de ses enfants. Son exemple pour convaincre les parents : 50 euros par mois pendant 20 ans, soit 12 000 euros versés, peuvent devenir entre 27 000 et 35 000 euros selon les marchés.
Son franc-parler : banquiers, paris et Trade Republic
Son idée la plus à contre-courant, il l'assume : pour lui, les banquiers servent surtout à gérer l'aspect émotionnel de leurs clients. Et faire confiance à son banquier, c'est « directement perdre 2 % par an ».
Il n'aime pas davantage les paris à la mode. Ceux qui achètent un ETF sur le pétrole ou sur l'or parce que « c'est le moment » utilisent des outils passifs, dit-il, mais se comportent en investisseurs actifs. Si l'on veut parier, il conseille de limiter ça à 10 ou 15 % du portefeuille.
Sur les plateformes, il joue la transparence : il annonce une collaboration commerciale avec Trade Republic, tout en reconnaissant que le service client « peut être très compliqué ». Il rappelle aussi qu'aucune plateforme n'est idéale : pas de compte joint ni de compte société chez Trade Republic, ce qui l'oblige lui-même à investir pour ses enfants ailleurs.
Il raconte enfin l'histoire d'un client qui a vendu le 12 mars 2020, en plein Covid, contre son avis. La bourse était à moins 25 %, lui à moins 6 %. Il a fini l'année à moins 5 %. Sans rien faire, il aurait terminé à plus 10 %. Ces erreurs-là sont tout le sujet de l'épisode sur les 5 erreurs qui font perdre de l'argent en bourse.
Écouter Grégory Guilmin dans Out of the Box
Dans le podcast, Grégory a répondu à trois questions, une par épisode. À toi de choisir par laquelle commencer.
- Investir en bourse : 30 minutes pour tout comprendre : l'épargne de précaution, le PEA et le compte-titres, le choix du courtier, les intérêts composés, l'investissement mensuel. L'épisode pour démarrer.
- ETF ou actions : quelle stratégie fonctionne vraiment ? : son histoire de moins 80 %, son fonds, sa sélection d'ETF et ses critères justETF.
- Les 5 erreurs qui font perdre de l'argent en bourse : anticiper le marché, vendre dans la panique, décider sous le coup de l'émotion.
Où suivre Grégory Guilmin
Il publie sur YouTube, Instagram et LinkedIn, sa newsletter Les Tutos de Greg arrive chaque semaine, et son site regroupe son livre, ses cahiers pour enfants, sa formation Défi Bourse et ses outils gratuits. Tous ses liens sont dans l'encadré ci-dessous.
Les questions qu'on se pose le plus
Qui est Grégory Guilmin ?
Un docteur en finance belge, ingénieur de gestion de formation, ancien analyste dans un multi-family office au Luxembourg et fondateur d'un fonds d'investissement à 28 ans. Depuis fin 2020, il fait de l'éducation financière à plein temps en Belgique et en France, avec une approche de gestion passive par ETF.
Quel est le portefeuille de Grégory Guilmin ?
D'après ce qu'il a expliqué dans Out of the Box : 90 % en ETF, 10 % en crypto. Environ 51 % États-Unis, 20 % Europe, 21 à 22 % pays émergents, plus un ETF sur les petites capitalisations américaines. Ni or ni obligations.
Comment Grégory Guilmin choisit-il ses ETF ?
Sur la version gratuite de justETF, avec cinq critères : plus de 3 ans d'historique, plus de 500 millions d'euros d'encours, ETF capitalisant, de droit irlandais pour les ETF américains, et non couvert contre le change.
Quel est le livre de Grégory Guilmin ?
Bien débuter en Bourse, paru en 2022, un guide pour découvrir les principaux instruments financiers et les principes d'investissement. Son site annonce plus de 7 500 exemplaires vendus. Il a aussi conçu des cahiers d'activités pour apprendre l'argent aux enfants.
Grégory Guilmin travaille-t-il avec Trade Republic ?
Oui, il l'annonce lui-même : il a une collaboration commerciale avec Trade Republic. Il précise aussi que le service client peut être compliqué et que la plateforme ne propose ni compte joint ni compte société.
Comment s'appelle la newsletter de Grégory Guilmin ?
Les Tutos de Greg, une newsletter hebdomadaire qu'il écrit lui-même depuis plus de trois ans, suivie par plus de 13 000 personnes.
Grégory Guilmin pense-t-il qu'on peut battre la bourse ?
Non, pas pour la très grande majorité des gens. Il cite le chiffre de 95 % des gestionnaires professionnels qui font moins bien que le marché sur 20 ans, et il en a fait l'expérience avec son propre fonds, derrière le marché quatre années sur cinq.
L'épisode dont est tiré cet article
ETF vs actions : la vraie stratégie qui marche
Grégory Guilmin · 32 min
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