Krach boursier : que faire de son argent quand la bourse chute ?
Quand la bourse perd 25 % en quelques jours, la tentation est toujours la même : vendre pour « arrêter les frais ». C'est souvent la décision qui coûte le plus cher. Ce qu'on fait pendant un krach se décide en réalité avant le krach. Voici comment, à partir de ce que Grégory Guilmin, docteur en finance, a raconté dans Out of the Box.
Un krach, ça arrive, et ça reviendra
Premier point à intégrer : la baisse fait partie du jeu. Grégory Guilmin le résume ainsi : sept années sur dix, la bourse est dans le vert, trois années sur dix elle est dans le rouge. Le marché actions a déjà chuté de 30 ou 40 % certaines années, et ça arrivera à nouveau.
Sur le long terme, il retient une moyenne de 7 à 8 % par an pour les actions, avec des années à plus 20 et d'autres à moins 30. Et selon lui, sur l'historique, toutes les périodes de 20 ans ont fini dans le vert. C'est pour ça que l'horizon compte plus que le point d'entrée.
« On ne va pas devenir riche avec la bourse à court terme, ça ne fonctionne pas. »
L'erreur qui coûte le plus : vendre dans la baisse
Il raconte l'histoire d'un client qui a vendu le 12 mars 2020, en plein Covid, alors qu'il lui déconseillait de le faire. Le marché était à moins 25 %, lui à moins 6 %. Il a vendu, et il a fini l'année à moins 5 %. S'il n'avait rien fait, il aurait terminé à plus 10 %.
Il cite aussi des proches qui ont perdu 50 à 70 % en 2008, faute de diversification, et qui ont vendu début 2009. Ils ont mis 10 à 15 ans à revenir en bourse. Parce que vendre à perte, ce n'est pas seulement une moins-value : c'est une association durable, dans la tête, entre la bourse et une perte.
Lui-même connaît ça de l'intérieur. En 2014, après avoir perdu 80 % sur une seule action, il n'a plus ouvert son compte pendant 14 mois. Il le raconte dans l'épisode ETF ou actions.
Sortir du marché « le temps que ça se calme » coûte aussi
Rester en cash quelques semaines paraît prudent. Grégory Guilmin donne l'exemple d'un client qui, pour une simple raison opérationnelle, un changement de courtier, est resté trois semaines hors du marché avec un million d'euros. Pendant ces trois semaines, le marché a pris 10 %. Manque à gagner : 100 000 euros.
Le problème d'une sortie, c'est qu'il faut ensuite décider quand revenir. Et les rebonds les plus forts arrivent souvent au milieu des périodes les plus agitées.
Se protéger avant, pas pendant : le test des 100 000 euros
La vraie protection se construit à froid. Il pose une question simple : tu as 100 000 euros, la bourse chute de 40 %. Est-ce que tu es capable de voir ton portefeuille passer à 60 000 euros sans vendre ?
Si la réponse est oui, un portefeuille 100 % actions peut se concevoir. Si tu ne supportes pas plus de 20 ou 25 % de baisse, il faut des « airbags financiers » dans le portefeuille.
- Deux ou trois ETF obligataires, par exemple sur des obligations d'État européennes ou américaines.
- Un ETF sur l'or, entre 5 et 10 % du portefeuille, 15 % au grand maximum selon lui.
- Un compte-titres en plus du PEA, parce que le PEA n'accepte ni ETF obligataires ni ETF sur l'or.
L'épargne de précaution, c'est ce qui t'évite de vendre
On vend rarement en krach par conviction. On vend parce qu'on a besoin de l'argent : une voiture qui lâche, des travaux, un frigo. D'où la règle de base qu'il rappelle dans l'épisode pour bien démarrer en bourse : avant d'investir un euro en bourse, garder environ six mois de dépenses de côté. Pour 2 000 euros de dépenses mensuelles, ça fait 12 000 euros.
C'est aussi ce qui permet de ne jamais toucher au portefeuille les mois difficiles. Lui pioche dans son épargne de précaution s'il dépense plus un mois donné, mais ne coupe jamais son versement.
Pendant la baisse, le versement mensuel continue
Sa méthode ne change pas en période de crise : le même montant, chaque mois, automatisé, sans regarder l'actualité. Il en était à plus de 100 mois d'affilée au moment de l'enregistrement. Quand le marché baisse, ce même montant achète simplement plus de parts.
Pour les autres pièges classiques, vouloir anticiper le marché ou décider sous le coup de l'émotion, il y revient dans les 5 erreurs qui font perdre de l'argent en bourse.
Les questions qu'on se pose le plus
Faut-il vendre ses actions pendant un krach boursier ?
Vendre dans la baisse transforme une perte temporaire en perte définitive. Grégory Guilmin cite un client qui a vendu en mars 2020 et fini l'année à moins 5 %, alors qu'il aurait terminé à plus 10 % sans rien faire. La décision de fond se prend avant la crise, en fonction de sa tolérance à la baisse.
Faut-il arrêter d'investir tous les mois pendant une chute ?
Pas selon sa méthode : il investit le même montant chaque mois depuis plus de 100 mois, sans s'arrêter. En période de baisse, ce montant achète davantage de parts.
Quelle part d'or mettre pour se protéger d'un krach ?
Il parle de 5 à 10 % du portefeuille, 15 % au maximum, et seulement si l'on ne supporte pas une baisse de 30 ou 40 %. Lui n'en détient pas.
Comment savoir si je supporte un krach ?
Se poser la question en chiffres : avec 100 000 euros investis, suis-je capable de voir 60 000 euros sans vendre ? Si la réponse est non, on ajoute des ETF obligataires et un peu d'or comme coussin.
L'épisode dont est tiré cet article
Investir en bourse : tout comprendre en 30 min
Grégory Guilmin · 39 min
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